
Francis Verreault-Paul est le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon
Source: Radio-Canada, Pascal Girard
Publié le 9 juillet
L’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL) estime qu’Ottawa et Québec ont conclu « une entente de façade » sur la protection du caribou.
L’entente avait été annoncée par voie de communiqué le 30 juin par la ministre fédérale de l’Environnement, Julie Dabrusin, et son homologue provinciale, Pascale Déry. Elle prévoit le versement par Ottawa de 25 millions de dollars sur 5 ans à Québec pour financer l’initiative, en plus d’un montant de 15 millions du fédéral qui irait aux communautés autochtones.
Le communiqué ne comprenait aucune mesure spécifique qui serait contenue dans la future stratégie de protection du caribou, attendue depuis 2019.
Cet accord n’est que de la poudre aux yeux : il repose sur des intentions plutôt que sur des engagements contraignants et perpétue une approche où nos droits, nos responsabilités et nos connaissances sont relégués au second plan
, a débuté le chef de l’APNQL, Francis Verreault-Paul.

Photo : SEPAQ / Valentin Bonnefont
Les Premières Nations affirment n’avoir jamais été consultées dans ce processus. Elles disent l’avoir appris seulement 24 heures avant la publication du communiqué.
Pourtant, un jugement rendu en 2024 par la Cour supérieure avait exigé la mise en place d’un processus de consultation spécifique avec les Autochtones.
Une déception à Ottawa
Devant la longue inaction de Québec, malgré un rapport d’une commission indépendante demandant une action urgente en août 2022, l’ancien ministre fédéral de l’Environnement Steven Guilbeault avait menacé de recourir à un décret d’urgence pour protéger l’espèce menacée. La mesure n’est jamais allée de l’avant et l’ex-ministre a quitté la politique depuis.
Le Canada a clairement choisi la voie du moindre effort : injecter des fonds et privilégier les compromis au détriment d’actions collaboratives et contraignantes
, a dit aussi le chef originaire de la communauté innue de Mashteuiatsh, au Lac-Saint-Jean.
Des chefs avaient déjà fait part de leurs inquiétudes face à l’annonce.
Le caribou est d’une grande importance dans la culture autochtone. Les populations du Québec sont jugées en déclin.
L’entente avait cependant été bien reçue par un expert du caribou, soit le spécialiste en écologie animale et professeur en biologie à l’Université à l’Université du Québec à Rimouski (UQAR) Martin-Hugues St-Laurent.
Une « approche par phases », dit la ministre Déry
La ministre Déry a réagi dans une déclaration écrite à la sortie de l’APNQL.
Elle a souligné que la stratégie sera élaboré à l’aide de consultations, dont auprès des Premières Nations.
Devant un dossier éminemment complexe, on privilégie une approche par phases. On se réjouit d’avoir obtenu des sommes du gouvernement fédéral pour contribuer aux efforts mis en place pour la protection du caribou. Cette entente n’est pas une fin en soi et nous poursuivrons, au cours des prochains mois, nos consultations auprès des parties prenantes concernées, dont l’APNQL, afin de préciser les stratégies et les mesures de rétablissement de l’espèce
, a mentionné la ministre par l’entremise de son cabinet.
Son homologue fédérale a également réagi dans une déclaration expédiée par son équipe.
Le rétablissement du caribou ne peut se faire sans la coopération du gouvernement du Québec et des peuples autochtones. Une approche collaborative fondée sur cet accord, qui réaffirme l’engagement à collaborer avec les peuples autochtones du Québec et à les consulter, constitue la meilleure approche pour le rétablissement à long terme du caribou
, a répondu Julie Dabrusin.


