Source: Radio-Canada, David Rémillard et Boualem Hadjouti
Radio-Canada rapportait l’an dernier l’intention du gouvernement du Québec de procéder au transfert d’un spécimen de Charlevoix pour aller à la rescousse de ses congénères de Val-d’Or, aux prises avec un taux de croissance négatif ces dernières années.
Le déménagement a finalement eu lieu cet automne, confirme le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les Changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). Le caribou a été transféré par remorque vers les installations de Val-d’Or dans la nui[t] du 24 au 25 septembre.

Le transfert du caribou s’est fait par remorque. Photo : Fournie par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs
Les deux hardes concernées par ce transfert ont été mises en enclos, soit en 2020 pour celle de Val-d’Or et en 2022 pour celle de Charlevoix. La stratégie fonctionne pour les caribous charlevoisiens. Depuis leur capture, la population est passée de 17 spécimens à 48.
La situation est plus dramatique à Val-d’Or, où la diversité génétique pose problème, selon les biologistes du gouvernement. Aucune naissance n’a été enregistrée cette année
, rapportait le ministère cet été lors de son bilan des naissances.
La harde de Val-d’Or compte aujourd’hui sept cervidés, soit deux de moins que lors de sa capture en 2020. Elle est notamment composée de quatre femelles.

Les naissances sont rares à Val-d’Or depuis la mise en enclos de la harde en 2020. (Photo d’archives). Photo : Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs / Amélie Morin
Mâle en bonne condition physique
Le caribou choisi pour tenter de repeupler la harde de Val-d’Or est né en captivité dans Charlevoix. Le mâle sélectionné est un mâle adulte de trois ans et demi qui a atteint sa maturité sexuelle et est en bonne condition physique
, précise Ève Morin Desrosiers, porte-parole du ministère dans ce dossier.
L’opération s’est bien déroulée. Le caribou est en bonne santé. Le mâle demeurera dans l’enclos de Val-d’Or afin de participer à la reproduction en 2026 et au cours des années suivantes
, ajoute-t-elle.
Selon Mme Morin Desrosiers, le retrait de ce mâle de la population de Charlevoix n’aura pas d’impact sur la reproduction ou le potentiel de croissance de cette harde
.
Au-delà de générer des naissances, sa présence dans l’enclos de Val-d’Or permettra aux biologistes de mieux comprendre ce qui cloche au sein de la population. On souhaite en effet confirmer le potentiel reproducteur des femelles caribous de Val-d’Or
, mentionne-t-on.

Le mâle est arrivé dans l’enclos à la fin septembre à Val-d’Or. Les bois ont été coupés à titre préventif afin de limiter les risques de blessures associés aux manipulations et au transport. L’intervention a été pratiquée sous supervision vétérinaire. Photo : Fournie par le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs
Pour évaluer le succès de l’opération, les biologistes du ministère devront notamment s’assurer que le nouveau venu s’acclimate et s’intègre bien dans son groupe de Val-d’Or. La naissance de faons, plus tard, et leur survie sont aussi parmi les éléments à surveiller.
L’opération de cet automne est complémentaire à un éventuel recours à la supplémentation en caribous de la population de Val-d’Or à partir d’une population source de caribous en nature pour favoriser le maintien à plus long terme de la population de caribous de Val-d’Or
, ajoute le MELCCFP.
Rappelons que la stratégie du transfert est un plan B après l’échec d’un projet de supplémentation génétique qu’envisageait le ministère. En 2023, l’idée de Québec était de capturer six caribous au sein de la population de Témiscamie, vivant à l’état sauvage dans le nord du Québec. Québec a cependant reporté le projet en raison d’un désaccord avec les Premières Nations concernées.
Le mâle de Charlevoix devrait contribuer à cette diversité génétique, mais dans une moindre mesure.
Une seule bête ne suffit pas, selon l’Action boréale
Le président de l’Action boréale de l’Abitibi-Témiscamingue regrette d’abord que le ministère n’ait pas publicisé cette opération.
Henri Jacob ajoute qu’un seul mâle d’une autre harde ne suffira pas pour rétablir le troupeau de Val-d’Or.

Le président de l’Action boréal, Henri Jacob. (Photo d’archives). Photo : Radio-Canada / Martin Guindon
Il rappelle qu’en 2018, son organisme a présenté au ministère de la Faune de l’époque un plan complet de rétablissement qui prend aussi en considération l’habitat du caribou.
Si on ne fait pas du rétablissement dans l’habitat et, en même temps, aller chercher d’autres bêtes pour augmenter le cheptel, il n’y aura pas de bons résultats. Ça va être un peu inutile.
Notre plan qu’on a présenté, nous autres, c’est d’aller chercher dans différentes hardes aux alentours de 25 bêtes pour que, dans l’espace de 4 à 5 ans maximum, même peut-être moins, remonter le cheptel à au moins 50 bêtes. Sinon, même si tu amènes un mâle, ça va prendre énormément d’années avant que tu aies un cheptel, puis si tu n’as pas rétabli l’habitat, ça veut dire que tu vas toujours les garder dans l’enclos
, conclut Henri Jacob.
Selon le MELCCFP, la supplémentation à partir d’une population en nature est une solution préconisée pour accroître la taille de la population de caribous de Val-d’Or.


