Source: Radio-Canada, Bénédicte Filippi et Alban Normandin
Publié le 24 février 2026
L’intervention tendue a été filmée et publiée sur les réseaux sociaux par des membres de la communauté. Depuis, les réactions affluent.
Lien vers la vidéo ici.
Le chef de la communauté, Jean-Charles Pietacho – qui était présent au moment de l’intervention – raconte sa version des événements.
Selon lui, une vingtaine d’agents de protection de la faune et de la Sûreté du Québec étaient présents autour du chalet. Ils auraient tenté d’entrer de force dans le bâtiment. Une aînée a été blessée au visage en voulant bloquer la porte.
On est passé à un cheveu que ça éclate pour vrai. Ce n’est pas fini.
Au lendemain de l’incident, le chef parle d’une rupture de confiance avec le gouvernement. On a des droits qui ont été bafoués hier. […] La réconciliation est brisée
, estime-t-il.

Le chef d’Ekuanitshit, Jean-Charles Piétacho, réagit à la suite des tensions avec les policiers dans sa communauté.
Photo : Radio-Canada / Daniel Fontaine
Il demande également à la Sûreté du Québec de ne plus patrouiller dans la communauté. Sinon, il va y avoir des événements
, prévient-il. Je demande au gouvernement du Québec d’arrêter de harceler, d’intimider nos membres, notre monde. Ils pratiquent ce que nos grands-parents ont toujours fait.
La chasse sportive au caribou forestier est interdite sur l’ensemble du territoire québécois. L’espèce est protégée par la Loi sur les espèces en péril au Canada et par la Loi sur la conservation et la mise en valeur de la faune au Québec. Plus vulnérable que le caribou migrateur, le ministère de la Faune estimait, en 2019, la population de caribous forestiers à 452 sur le territoire de la Basse-Côte-Nord.
Questionné sur les événements, le Syndicat des agents de protection de la faune indique que différentes enquêtes sont en cours. Son président, Martin Perreault, refuse toutefois de commenter par manque de détails.

Au Québec, la population de caribous forestiers est en déclin depuis plusieurs années. (Photo d’archives)
Photo : Getty Images / iStockphoto
Pakua Shipi interdit l’accès aux agents de la faune
Dans la foulée des événements d’Ekuanitshit et de ceux survenus au cours des dernières semaines à Matimekosh-Lac John, la police de Pakua Shipi a déclaré par communiqué qu’aucun agent de la faune ne sera autorisé à intervenir dans la communauté
.
Cette décision vise à prévenir toute escalade et à assurer la sécurité de tous.
Le corps de police interpelle d’ailleurs les autorités compétentes pour qu’elles prennent rapidement les mesures nécessaires afin d’éviter toute détérioration de la situation
.

Les rues des Pakua Shipi (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Renaud Chicoine McKenzie
Les interventions des agents de la faune suspendues
Interpellé à l’Assemblée nationale mardi, le ministre de la Sécurité publique et ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière, s’est dit préoccupé par les événements.
Il a offert aux chefs d’Ekuanitshit et de Nutashkuan de les rencontrer au cours des prochains jours. L’invitation sera par la suite élargie à l’ensemble de la nation innue, a-t-il précisé.

Le ministre Lafrenière se dit préoccupé par l’intervention lundi dans la communauté d’Ekuanitshit. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Ian Lafrenière ajoute que les agents de protection de la faune n’interviendront plus dans les communautés le temps que la poussière redescende et le temps qu’on puisse parler aux chefs
.
Le chef de l’APNQL dénonce une intervention troublante
De son côté, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador, Francis Verreault-Paul, condamne les méthodes utilisées par les forces de l’ordre à Ekuanitshit lundi soir.
Une vingtaine d’agents de la Sûreté du Québec, accompagnée d’agents de la faune, tous et toutes armés, qui descendent en pleine nuit sur un chalet pour, possiblement, un caribou forestier, ce n’est pas la façon de faire
, juge le chef Verreault-Paul.

Francis Verreault-Paul juge que l’approche de la Sûreté du Québec et des agents de protection de la faune était « dangereuse ». (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
S’il se dit prêt à collaborer avec le gouvernement québécois dans ce dossier, Francis Verreault-Paul se range aux côtés du chef Jean-Charles Piétacho. Il y a une limite qui a été franchie lundi, la confiance est brisée
, selon lui.
Questionné au sujet du mandat des agents de la faune d’appliquer la loi, le chef de l’APNQL réplique qu’il n’est pas contre l’application des lois
.
En même temps, il faut respecter nos lois en tant que Premières Nations et nos droits
, souligne-t-il.
Après avoir discuté avec le chef Piétacho et le ministre Lafrenière durant la journée, Francis Verreault Paul veut trouver un moyen pour que ce genre de situation ne se reproduise plus.
Il appelle à ce que les forces de l’ordre adoptent des méthodes humaines
.
Avec les informations de Lucas Sanniti


