Québec meilleure mine trouverait incohérent que le ministère des Ressources naturelles et des Forêts accorde des permis d’exploration dans une zone intérimaire de protection d’une espèce menacée.
Source: Gilles Gagné, Le Soleil
Publié le 24 avril 2026
Rodrigue Turgeon, porte-parole de l’organisme de surveillance visant l’amélioration des pratiques minières au Québec, refuse pour le moment de se pencher spécifiquement sur le cas de Ressources 1844, avant d’avoir étudié ce dossier en détail.
«De façon générale, c’est un secteur qu’on surveille de proche. On avait bien vu que des claims entourent le Parc de la Gaspésie […] On aurait tort de penser que seule l’exploitation minière vient perturber leur habitat [aux caribous]. L’exploration a aussi des effets. Juste la fréquentation des lieux vient perturber l’espèce», assure M. Turgeon.
«L’heure est grave. Les 13 hardes de caribous du Québec sont en décroissance accélérée, dans la majorité des cas. Les mesures de protection sont insuffisantes. La mise en enclos est un échec».
— Rodrigue Turgeon, porte-parole du groupe Québec meilleure mine
Le remède, ajoute-t-il, «ne peut passer que par le rétablissement de leur habitat et des décisions politiques courageuses, devant l’appétit des compagnies minières. Ce n’est pas un choix, c’est une obligation, décrite dans la loi».
«C’est un scénario trop souvent répété au Québec. Dans le cas des caribous, les compagnies forestières et minières sont de mèche. Les chemins aménagés par les unes profitent aux autres. En Gaspésie, il faut des mesures de conservation et de restauration de l’habitat. Autrement, on ne pourra voir un redressement digne de notre époque. Les connaissances sont claires, les enseignements sont clairs. On n’est pas dans une situation où les connaissances doivent être établies», affirme M. Turgeon.
La MRC n’a pas pris position
Le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, Sylvain Tanguay, précise que le conseil des maires n’a pas déterminé de position en ce qui a trait au projet de Ressources 1844. Il sait que les projets miniers trouvent des partisans dans sa MRC.
Deux ans après l’annonce du 30 avril 2024 par le ministère de l’Environnement d’une enveloppe de 59,5 millions (M$) visant à protéger les hardes de caribous et à réaliser des projets assurant la vitalité économique des secteurs touchés par cette protection, M. Tanguay souligne que l’argent tarde à venir.
«On n’a pas vu la couleur de cet argent. Dans la MRC, déjà, on a perdu de 16 à 17 M$ en aménagement forestier qui devait venir des 2 milliards d’arbres à planter du gouvernement fédéral. La couleur des 59,5 M$, à part un enclos pour la protection du caribou, ce qui est justifié, on n’en a rien vu pour les entreprises», dit-il.
En fait, Sylvain Tanguay croit que la présence de Ressources 1844 dans la zone d’habitat en restauration, un secteur encore plus grand que la zone de protection intérimaire du caribou, pourrait inciter le gouvernement québécois à débloquer des fonds de l’enveloppe de 59,5 M$.
Le caribou montagnard est en déclin depuis plusieurs décennies en Gaspésie. Il y en avait entre 1000 et 1500 spécimens quand le Parc de la Gaspésie a été créé en 1937, avec le mandat de protéger la harde.
Toutefois, des activités de récolte forestière et d’exploration minière y ont été réalisées jusqu’en 1981, année d’adoption de la Loi sur les parcs, qui réduit toutefois la superficie du parc de 1200 à 800 kilomètres carrés.
La harde continue de décliner, notamment parce que l’habitat du caribou dépasse les nouvelles limites du parc. L’exploitation des ressources dans ces zones limitrophes, et la multiplication des routes qui en découle, ouvrent notamment la porte aux prédateurs.
En 2009, le caribou est finalement déclaré espèce en voie d’extinction, mais il faudra attendre 2018 avant que des mesures de protection intérimaire soient implantées. Ces mesures ont donné aux caribous une zone tampon conférant au cervidé une aire semblable à celle dont il jouissait avant 1981, mais encore là, une aire truffée de chemins d’accès.


