source: Marc-André Landry, Radio Canada.


La communauté de Val-d’Or a lancé un appel à l’action jeudi soir lors des audiences de la Commission sur les caribous forestiers et montagnards.

Une soixantaine de personnes ont pris part à ces audiences, qui se sont déroulées 24 heures après un arrêt de la commission à La Sarre.

Pour la quasi-totalité des intervenants, il est clair que la survie de la harde de caribous de Val-d’Or est grandement menacée puisqu’elle ne compte plus désormais que sept individus, placés en enclos. Mais un message fort a été lancé à la commission : il n’est pas trop tard pour agir.

Il est trop tard si on ne fait rien, ça c’est sûr, soutient Henri Jacob, président de l’Action boréale. Si tu abandonnes une espèce parce qu’il en reste très peu, demain on va se retrouver avec une autre espèce sur la ligne et en danger. Ça donne un mauvais signal. La raison de son déclin, c’est principalement l’industrie forestière. On lui dit : ”Va maganer le territoire et après on dira qu’il est trop tard.”

Cet organisme et d’autres intervenants ont rappelé qu’un plan de rétablissement présenté en 2018 permettrait de faire remonter la population à 50 bêtes et à assurer son autosuffisance. Ce plan implique notamment la création et le rétablissement d’une aire de protection de 2100 km2 ainsi que la participation du Refuge Pageau pour favoriser la naissance de nouvelles bêtes.

Henri Jacob déplore que ce plan n’ait jamais été mis en application. Il croit que la prémisse même de la commission instituée par le ministre Pierre Dufour est tendancieuse et qu’elle vise à gagner du temps.

Si c’était une commission pour le caribou, la question aurait dû être : ”Comment on peut faire pour le sauver?” lance M. Jacob. Là, on se demande : ”Que peut-on faire pour ne pas perdre un mètre cube de bois?” Mais la commission reconnaît que ce ne sont pas les bonnes questions à poser. Toutes les données sont là. Il y a eu des consultations dans les années 1980, 1990, 2000 et là en 2022. À un moment donné, il va falloir des actions.

Les communautés anishnabe se sont elles aussi fait entendre devant la commission. Dans un témoignage émotif, Ronald Brazeau, directeur par intérim du Département des ressources naturelles de Lac-Simon, a qualifié la situation d’alarmante.

La préoccupation, on l’entend dans l’ensemble des communautés et dans le discours de nos aînés, a-t-il précisé. On a essayé de se faire entendre à maintes reprises, mais on n’est jamais représentés ni écoutés. Ça fait 30 ans qu’on en parle, et pourtant, on avait tous les outils. Nous avons participé à toutes les tables de concertation, mais notre voix ne semble pas écoutée. Il est temps de voir la forêt pour autre chose que des volumes de bois à couper.

Lac-Simon a rappelé qu’il a déposé au gouvernement son propre plan de restauration, préparé en 2020 par le chercheur Martin-Hugues St-Laurent. Ce plan désigne des habitats qui seraient plus propices à la population de caribous que ceux présentés par la commission tout en intégrant le savoir traditionnel des Autochtones.

Le scénario du gouvernement est irréaliste, a précisé Ronald Brazeau. Nous avons identifié des secteurs de forêts matures et tout est dans notre étude. On ne demande pas de protéger le territoire au complet. Il n’est jamais trop tard pour agir. Prenons des décisions et faisons-le.

La présidente de la commission, Nancy Gélinas, a accueilli les témoignages des Premières Nations avec intérêt, elle qui craignait un vent de boycottage.

Ils sont des acteurs inévitables dans la suite des choses. Les Premières Nations doivent être présentes et directement impliquées dans les actions qui seront posées et je suis contente qu’elles aient témoigné. On va intégrer leurs paroles dans notre rapport comme un témoignage d’espoir.

Nancy Gélinas retient par ailleurs la volonté du milieu de Val-d’Or de se mobiliser pour sauver l’habitat des caribous.

Oui, on a entendu une frustration, mais je retiens surtout que les gens d’ici veulent que ça fonctionne. Ça fait 40 ans qu’on en parle, des pistes ont été proposées, il faut agir. J’ai senti une puissance derrière nous pour qu’on arrive à faire des propositions réalistes et acceptées par le ministère. Au bout du compte, ça va au-delà des sept caribous. C’est le territoire et la culture qui vont avec. Même si ça va être difficile et que les sept bêtes actuelles ne feront peut-être pas partie d’une future harde de 50, on a senti que le désir de préserver l’habitat est ce qui compte le plus, a-t-elle conclu.