Faites-vous confiance au ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs ?

publié le 6 mars

source: Alexandre Sirois La Presse


Le militant écologiste Henri Jacob ainsi que l’auteur, compositeur, interprète et réalisateur Richard Desjardins, eux, pensent carrément qu’il doit être « déconstruit ».

Ça fait de nombreux mois qu’à coups de lettres d’opinion dans les journaux québécois et d’interventions médiatiques, les deux hommes dénoncent le Ministère et son titulaire, Pierre Dufour.

Le mandat du Ministère est de protéger la forêt, or, il protège essentiellement « l’approvisionnement en bois des compagnies forestières », déplorent-ils.

On devrait les écouter.

Ils sont peut-être les plus visibles et les plus combatifs parmi ceux qui dénoncent le sort qu’on réserve à la forêt au Québec, mais ils sont loin d’être les seuls.

Au sein de la communauté des scientifiques, ils sont également nombreux à sonner l’alarme quant à la gestion de nos forêts.

Plus d’une soixantaine ont d’ailleurs fait une sortie publique l’an dernier pour dénoncer, notamment, « l’apparent parti pris du Ministère […] en faveur de la vocation industrielle des forêts » (voir le bouton à la fin du texte).

Qu’on en soit encore à devoir rappeler Québec à l’ordre à ce sujet, après les nombreux débats des dernières décennies au sujet de la forêt québécoise et alors que les changements climatiques la menacent comme jamais auparavant, est démoralisant.

Les agissements du gouvernement sont d’une imprudence qui confine à la négligence.

Bien sûr, des dizaines de milliers d’emplois sont liés à l’industrie forestière. Mais les évoquer pour plaider que rien ne doit ou ne peut changer est un faux dilemme.

Les experts vous le diront : il est possible de mieux protéger la forêt ET de répondre à la demande de l’industrie forestière.

La quasi-totalité des arbres du Québec se retrouvent sur des terres publiques. Ils vous appartiennent. En négligeant à ce point l’aménagement durable de la forêt, Québec vous passe un sapin.

Ce qui favorise assurément le statu quo, c’est que la forêt doit surmonter plusieurs handicaps.

Elle est loin de nos préoccupations quotidiennes, particulièrement lorsque nous habitons en ville, ce qui est le cas d’une bonne partie de la population du Québec.

Et elle est loin, point.

Si bien que lorsqu’on donne le feu vert à certaines coupes controversées dans telle ou telle région, ceux qui s’en émeuvent ou se mobilisent ne sont pas toujours très nombreux.

Tenez, par exemple, avez-vous entendu parler des coupes annoncées récemment dans les monts Chic-Chocs ? On a ciblé une vieille forêt, située en altitude, à proximité d’un territoire où se réfugient les caribous.

C’est un exemple éloquent (de plus) de ce traitement préférentiel accordé à l’industrie forestière au détriment de la protection de la nature.

Comment remédier au problème ?

Ceux qui ont dénoncé la situation ces dernières années l’ont fait de façon constructive.

Plusieurs solutions ont été proposées.

La Société pour la nature et les parcs (SNAP Québec), par exemple, estime que l’heure d’une nouvelle commission d’enquête indépendante est venue.

Après le choc provoqué par le documentaire L’erreur boréale, de Richard Desjardins, c’est ce qui avait été préconisé. En 2004, la Commission sur les forêts publiques (présidée par Guy Coulombe) avait permis de redresser la barre… pour un temps.

La SNAP a aussi proposé, à l’instar du tandem Jacob-Desjardins, de dissoudre le ministère des Forêts.

L’idée est que « le secteur de la foresterie soit fusionné avec le ministère de l’Énergie et des Ressources naturelles, et que les responsabilités de la faune et des parcs soient déléguées au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques ».

On réglerait ainsi un problème structurel important.

Une autre avenue a été proposée par le groupe de scientifiques ayant pris position dans dossier : la création d’un observatoire national de la forêt, qui serait indépendant de Québec.

Pour que ces solutions créatives – ou d’autres – soient implantées, il manque autre chose, qui tient en deux petits mots.

Volonté.

Politique.

En cette année électorale, puisse le débat sur le sort de nos forêts être mené.

La CAQ est souvent critiquée parce que son virage vert n’est pas assez prononcé. Voici une belle occasion, dans ce dossier, d’y remédier.